mercredi, 14 novembre 2012 11:54

La vierge et les sept petits-hommes

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Tous les matins, je lèche en passant les vitrines des Galeries Lafayette parisiennes. Depuis quelques jours, elles se sont remplies pour Noël d’une palette de princesses issues de notre imaginaire, de contes et de dessins animés. Les enfants seront ravis ; les adultes, plus habitués à celles d’Amsterdam ou de Bruxelles, beaucoup moins. Quoique…

Une vitrine, presque cachée dans un recoin, m’obsède depuis le premier jour : une princesse assise au sol, adossée à une pomme gigantesque, dialogue avec un nain en arrière-plan, comme un peu caché. Blanche-Neige et les Sept Nains est un classique des contes pour enfants, publié en 1812 par les frères Grimm, inspirés de traditions plus anciennes (si la trame vient d’un conte germanique, les Sept Nains rappelleraient les Sept Esprits de la terre de la tradition scandinave). Les psychanalystes n’ont pas manqué de pointer toute sa richesse, bien loin de nos vagues souvenirs des images de Walt Disney (dès 1937, premier dessin animé oscarisé en 1939). D’autres y ont vu un conte saisonnier (l’hiver affrontant le printemps), moral (sur la vanité et la naïveté de la jeunesse) ou initiatique (de l’enfance à la puberté).

Une initiation à la féminité
Du point de vue de l’héroïne, cette histoire, gentillette en apparence, est un redoutable outil initiatique au service d’une féminité adulte, affranchie de sa mère et de tâches dégradantes, épanouie dans sa sexualité. Le propos de ces lignes n’est pas de déplier toute la symbolique que renferme ce conte, d’autres le feraient avec plus d’expertise. Non, il s’agit ici de regarder le point de vue plus rare des « Nains », avec le postulat qu’ils représentent non de réels hommes atteints de nanisme mais des « types » de masculinités n’ayant pas déployé tout leur potentiel. Plus que des nains, ce sont des hommes en devenir.

Tous sont au service d’un travail harassant et pénible (à forte connotation sexuelle), qui occupe toutes leurs journées, au point de négliger le soin de leur intérieur. Asexués, ils vivent dans un univers exclusivement masculin. L’arrivée d’une femme dans leur vie apparaît de prime abord comme un soulagement dans la gestion de leurs tâches ménagères. Plus qu’une amie ou une compagne, la femme est pour eux d’abord une femme d’intérieur, un substitut maternel cantonné aux tâches ménagères de la nourriture et du ménage, qui exige seulement d’eux un peu plus d’hygiène. Plus qu’une amante, elle est un objet d’adoration protégé par un cercueil de verre, jusqu’au baiser d’un prince providentiel, idéal masculin bien différent de ces sept petits-hommes.

Sept types de petits-hommes
Posons le postulat que chacun des Nains exprime de manière symbolique un rapport au monde extérieur et une connaissance de son monde intérieur. Il ne s’agit pas de classer tel ou tel homme comme « grincheux » ou « simplet » mais d’envisager que – dans son rapport au monde, aux autres et à soi – chacun peut être tantôt « grincheux », tantôt « simplet »… où un des cinq autres.

Le Grincheux exprime sa colère envers lui-même et le monde sans la transformer, comme un mode relationnel habituel et confortable. Il est comme un Guerrier qui porterait un regard maussade sur le monde, sans prendre les moyens de le transformer et en se contentant de rouspéter contre lui. Cette colère intérieure cultivée pour elle-même le rend acariâtre, bougon et grognon et le coupe de la relation à l’autre.

Le Prof développe une fine connaissance de soi et du monde, plus intellectuelle qu’émotionnelle, et peut la partager avec superbe aux autres, tout en restant un être à part. Il est comme un Magicien perché dans sa tour d’ivoire, dispensateur d’énigmes et de dons.

Le Dormeur anesthésie sa perception du monde, de soi et des autres, dans une sorte d’hibernation permanente, un retrait sécurisant et mou. Il est comme un Roi qui se retire dans sa chambre plutôt que de s’exposer sur son trône, face à la complexité du monde et de sa tâche, mais aussi en relation avec ses pairs et ses sujets.

Le Timide vit dans la crainte de soi et du monde, embarrassé et hésitant dans la rencontre des autres. Sa peur peut être perçue comme de la réserve, voire de la lâcheté. Il est comme un Amant rougissant au moindre sourire d’un(e) autre, transpirant avant chaque tentative vers autrui, incapable d’instaurer une relation.

Le Simplet est un naïf dépouillé de sa fraîcheur et de sa légèreté. Tombé du nid avant d’être complètement fini, il transforme son innocence, sa candeur et son inexpérience en bêtise, par manque de curiosité et d’intelligence. Il est comme un Enfant ayant perdu sa capacité de jouer, d’expérimenter et de découvrir, plongé brutalement dans un monde d’adulte dont il peine à adopter les centres d’intérêts et les codes.

L’Atchoum ne parvient à contenir ou exprimer avec justesse la puissance de ses humeurs et émotions. Son mode relationel est rapidement collant et visqueux, fortement associé à la tristesse. Il est comme un Bouffon qui fait rire son entourage à ses dépens, s’il ne le met pas à distance par ses effusions inopportunes.

Enfin, le Joyeux est – tout comme le Grincheux – dominé par une seule émotion. Si sa joie est habituellement perçue comme plus « positive » que la colère du Grincheux, elle peut cacher un déficit ou un déni d’expérience de ses autres émotions, jugées « négatives », telles la colère, la tristesse, la honte et la peur. Il est comme un Homme qui n’a pas touché la part sauvage ou animale de son intériorité, (auto)brimé dans sa puissance.

Ces quelques considérations ne font qu’évoquer la richesse de ces sept types. A chacun d’y trouver d’autres résonnances et de discerner, dans chacun des freins à sa relation à soi et aux autres, quel Nain s’exprime alors…

7931 Dernière modification le lundi, 01 juillet 2013 23:48

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